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papier grungy

La Pellicule, extrait

" La balade s’arrête quand il n’y a plus de pellicule. "

Vous aussi, vous avez déjà tenté d’esquiver les démarcheurs dans la rue ? Ceux qui représentent des ONG, des clubs de sports ou qui vous demandent de répondre à un sondage ?

Ce jour-là, Lila n’y est pas arrivée. L’inconnu, loin de ce à quoi elle s’attendait, lui propose une expérience : rester avec lui jusqu’à ce qu’elle finisse la pellicule de l’appareil photo jetable qu’il lui tend.
En se laissant prendre au jeu, Lila va vivre une aventure où émotions et découvertes se mêlent. Combien de temps l’expérience va-t-elle durer ? Comment va-t-elle se terminer ?

C'est à vous de choisir...


Extrait non corrigé.

L’entretien s’est mal passé. Perdue dans un flot d’amertume et de mésestime de soi , Lila rentre chez elle en retenant ses larmes. Sa carrière se termine avant d’avoir commencé. Les mots du recruteur l’ont percutée aussi violemment qu’un coup de poignard dans le ventre.

Plus jamais elle ne postulera.

Plus jamais elle ne s’humiliera.

Tout ce que la jeune femme désire à présent consiste à se blottir sous sa couette, manger trop de sucreries et se laisser mourir de désespoir.

Elle ne remarque pas l’homme planté à quelques mètres devant elle et qui accoste les passants. Lila l’éviterait certainement sinon. Il y a tellement de prospecteurs de rue dans cette ville que la jeune femme aiguise ses techniques d’esquive. Mais cette fois, elle manque presque de le renverser.

– Bonjour mademoiselle ! lance-t-il joyeux.

– Je n’ai pas le temps, le coupe-t-elle.

– Je ne veux rien vous vendre, c’est promis.

Lila le détaille. Il est grand, fin et brun. Il ne porte pas de sweat ou de veste à l’effigie d’une association ni le tee-shirt bien ajusté qui moule les muscles gonflés des recruteurs de salles  de sport. Ses mains ne sont pas encombrées de l’habituelle plaquette contenant des formulaires d’adhésion ou une pétition. Ses yeux bleus pétillent derrière des lunettes arrondies et il affiche un sourire charmant. Après un soupir, Lila l’invite à continuer.

– Je fais une expérience. Je propose aux gens de se balader avec moi, de prendre le temps, et c’est eux qui décident de la durée grâce à ça !

Très fier, il sort de sa poche un appareil photo jetable, reconnaissable à sa coque jaune et noire. Lila observe l’objet, intriguée. L’homme l’interprète comme un encouragement et poursuit :

– On peut prendre vingt photos. La balade s’arrête quand il n’y a plus de pellicule.

– C’est intéressant, mais je n’ai pas envie, je suis désolée.

Lila reprend sa route devant l’air déconfit du jeune homme. Elle n’a fait que quelques pas quand il la rattrape. Il se place devant elle pour l’inviter à s’arrêter et, le rouge aux joues et l’air un peu gêné :

– Je ne veux pas me mêler de ce qui ne me regarde pas, mais vous n’avez pas l’air bien, dit-il d’une voix grave. Vous devriez appeler une amie ou quelqu’un de votre famille pour discuter. Vous savez, quand on est triste, il ne faut pas rester seul. Et je suis sûr que votre situation va s’améliorer.

D’abord outrée par son attitude, Lila prépare une répartie acerbe quand son cœur se réchauffe devant le beau sourire qu’il lui offre. Il se décale d’un pas pour lui ouvrir le chemin et se détourne, à la recherche d’un autre volontaire. La jeune femme reste pantoise. Qu’est-elle censée faire ? Peut-être qu’il a raison, peut-être qu’elle ne devrait pas s’enfermer. Mais elle ne le connait pas, de quoi se mêle-t-il ?

Lila observe le prospecteur faire une nouvelle tentative et essuyer un refus. La personne n’a même pas pris le temps de s’arrêter. Comme les gens peuvent être mal élevés ! se dit Lila. Gonflée par une énergie nouvelle, elle demande :

– Il y a encore des gens qui utilisent des appareils jetables ?

Surpris, l’homme se retourne vers elle et rit :

– Il y a moi !

Lila sourit. Une bonne humeur contagieuse se dégage de l’individu. Et cet appareil produit en série lui remémore des souvenirs de sa jeunesse, quand elle se prenait pour une photographe professionnelle dans le jardin de ses parents. Elle lui prend l’objet des mains et regarde le compteur de la pellicule.

– Seulement vingt photos ? Et après chacun part de son côté ?

– Je prendrai votre numéro, si vous êtes d’accord, pour vous montrer les photos quand elles seront développées.

– C’est une technique de drague ?

Le jeune homme écarquille les yeux et secoue frénétiquement la tête de droite à gauche avant de bégayer :

– No… Non… Vous n’êtes pas… Enfin… Vous me donnez votre numéro juste si vous voulez. C’est que je pensais… Peut-être que les gens aimeraient voir leurs photos.

– Très bien.

Lila regrette aussitôt sa réponse. Hélas, devant l’enthousiasme qui emporte son vis-à-vis, elle n’a pas le courage de se rétracter. Elle ne souhaite absolument pas se promener, encore moins avec un inconnu, mais sa pudeur l’emporte et elle se tait.

– C’est super ! s’exclame l’homme. Je m’appelle Arthur.

– Lila.

– Eh bien, Lila, où voudrais-tu aller ?

Chez elle. C’est ce qu’elle meurt d’envie de répondre, mais, intimidée, elle hausse les épaules. Et si cet homme est un pervers violent ? Et s’il veut lui faire du mal et que tout ça n’est qu’une ruse ? Lila s’oblige à discipliner ses pensées. Elle fera en sorte de rester dans des rues fréquentées et usera rapidement la pellicule pour pouvoir rentrer au plus vite.

– Je te propose qu’on marche un peu au hasard, annonce l’homme. On verra où ça nous mène !

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