De la réalité dans la fiction

Aujourd’hui, je me lance dans un débat houleux et sans fin. Cela reste mon point de vue, bien entendu. C’est parti !

Il y a quelques semaines, j’ai lu un article qui parlait du film Split de M. Night Shyamalan (2016). L’histoire est celle de trois jeunes filles enlevées par Kévin (James McAvoy), un homme atteint d’un trouble dissociatif de l'identité. Au total, vingt-quatre personnalités cohabitent dans son corps. Quand on cherche sur un moteur de recherche, le film est annoncé comme thriller/horreur et fantastique (allociné). Le film a très bien marché à sa sortie et se retrouve aujourd’hui sur Netflix (il y est classé comme film d’horreur surnaturel, thriller). Personnellement, je l’ai regardé il y a quelques temps maintenant, et j’ai beaucoup aimé. L’article en question expliquait qu’une pétition circulait pour que Split soit retiré de la plateforme de streaming.



Kairon Collaborative, à l’origine de Get Split off Netflix !, explique son geste, car le film donnerait une image biaisée du trouble dissociatif de la personnalité et ancrerait de fausses croyances.

« This movie inaccurately represents the disorder in many ways; over-exaggerating the rarity of the disorder, insinuating that those impacted are capable of complete physical metamorphosis, and, most importantly, highlighting the false stigma created in Hollywood, introduced by films like Psycho, that people with DID are more likely to be violent, or will in some way inflict harm onto others. In fact, those with the disorder, as with any mental health condition, are more likely to be victimized than to be perpetrators. »

« Ce film représente de manière erronée la pathologie de bien des façons : il exagère la rareté du trouble, insinue que ceux touchés sont capables d’une métamorphose physique complète, et pire encore, il met en lumière la fausse image, créée par Hollywood et introduite par des films comme Psycho, que les personnes avec un TDI [trouble dissociatif de l'identité] sont plus susceptibles d’être violents, ou qu’ils causeront d’une certaine façon du mal aux autres. En réalité, les personnes ayant ce trouble, comme n’importe quel autre problème mental, sont plus susceptibles d’être des victimes que d’être des prédateurs. »

Merci à ma grande sœur pour la traduction !


L’article était publié sur Facebook, je vous épargne donc le florilège que j’ai pu lire dans la section commentaires.

Je comprends tout à fait le but de cette pétition et je conçois que pour les personnes atteintes de TDI ou leur famille, ce ne soit pas facile de voir ce trouble représenté de la sorte. En revanche, je trouve assez triste de penser que les gens ne sont pas capables de faire la part des choses entre le réel et la fiction, d’autant que le film est présenté comme « surnaturel ». Je ne crois pas qu’une personne ayant visionné le film se soit dit : « le TDI permet à la personne de transformer complètement son physique ! C’est trop cool ! ». Ou alors, j’ai trop foi en l’être humain… Pour le cas de ce film, je pense que s’il a pu questionner les gens sur ce trouble c’est une bonne chose, car (et j’ai peut-être encore trop d’espoir en mes semblables), ces personnes ont dû aller faire des recherches dessus et ne se sont pas arrêtées aux informations du film. Qu’en pensez-vous ?

Au-delà de ça, cette pétition questionne sur la place de la réalité dans la fiction. Jusqu’où doit-on aller dans le réalisme ? A-t-on le droit de modifier les faits ?

Je pense que oui, sinon il n’y aurait plus « d’imaginaire ». Selon moi, ce n’est pas au créateur de se restreindre, mais aux spectateurs de faire la part des choses et de se renseigner.


Je vais prendre un exemple dans lequel je suis à l’aise. Les Péplums*. J’ai fait des études d’archéologie et franchement… j’adore ! Alors que c’est clairement de la bouse historique !

César n’a jamais été empereur. La mise à mort des gladiateurs ne se faisait pas en mettant un pouce en bas. Leurs combats étaient rarement à mort (ils combattaient la plupart du temps avec des armes émoussées). Leur vie avait beaucoup de valeur, c’étaient les superstars de l’époque, ils rapportaient et gagnaient beaucoup d’argent donc leur mort n’avait aucun intérêt. D’ailleurs la plupart avaient choisi la gladiature comme profession. Et surtout ils n’ont jamais, jamais, salué avant le combat en disant : « Ave César, ceux qui vont mourir te saluent » !


Pour l’anecdote, cette phrase a bien été attestée dans la Rome Antique, mais une seule fois et pas en contexte de gladiature. Elle aurait été dite à l’empereur Claude par des déserteurs de son armée qu’il avait condamnés à mort.

Anecdote bis : L’empereur a fait de leur sanction un véritable spectacle ! Énormément de monde y a assisté. Il s’agissait d’une naumachie (bataille navale) sur le lac Fucin. Ouais, on tuait les gens avec classe dans l’Antiquité romaine. Bon, je vous mets le texte en source, vous verrez qu’il y a eu d’autres rebondissements cocasses à cette affaire !


Pourtant, toutes ces choses sont caractéristiques des Péplums. Le Larousse en ligne fait même l’erreur pour la phrase de salutation ! Mais imaginons que toutes les fictions sur les gladiateurs collent au réel : presque pas de morts, pas de riches romains qui maltraitent leurs gladiateurs, pas le suspense de ce fameux « pouce en bas », César dictateur… Ah, ça serait autre chose ! Toutefois, si les strass et les paillettes peuvent intéresser et pousser les gens à se renseigner sur la gladiature, je trouve ça vraiment cool !

J’ai voulu faire de l’archéologie en regardant Indianna Jones. Là aussi, la réalité est toute autre ! Mais sans ces films (et d'autres : Sydney Fox l'Aventurière, cœur sur cette série), je n’aurais peut-être jamais eu cet attrait pour le passé. Je n’aurais jamais fait une licence qui m’a passionnée et qui m’a tant appris.


J’ai vu Split avec mon compagnon. Cela nous a intrigué et nous avons fait des recherches sur les troubles mentaux pour en apprendre plus. Et même si d’autres ne l’ont pas fait, ça ne veut pas dire qu’ils prennent pour argent comptant la vision du film. Au pire, ce dernier les aura juste distraits un moment. Finalement, n’est-ce pas le but des fictions ?

Je voudrais cependant m’attarder sur un point. Les réseaux sociaux sont une démonstration constante et consternante de l’ignorance et de la bêtise humaine, ainsi que de la méchanceté qui en découle. J’ai donc conscience que certaines personnes ne sont pas capables de prendre du recul sur ce qu’elles voient ou lisent. Je ne nierai pas non plus que ces gens font de la discrimination, ou pire, simplement par des amalgames stupides. Si les croyances engendrées par la fiction sur des sujets aussi lointains que les gladiateurs n’ont pas vraiment de répercussions, celles sur les sujets d’actualité, comme le TDI, peuvent avoir de graves conséquences. Mon discours n’a pas pour but de les minimiser. Toutefois, la question ici n’est pas celle de la réalité dans la fiction, mais bien celle de l’éducation. Interdire des œuvres, car elles véhiculent de fausses images ne réglera pas le problème de l’apologie de l’ignorance et de la désinformation de nos sociétés modernes. Il y a ici un questionnement plus profond et global qu’il nous faut mener.


Je termine sur ces quelques phrases. Je le répète, je ne fais ici qu’exprimer mon avis et je serai ravie que nous puissions en discuter ensemble, de façon saine et constructive.


* Le péplum est un genre de fiction historique qui se base dans l’Antiquité. Il s’agit d’un mot latin, emprunté au grec qui signifie « toge », dans les grosses lignes.


Sources :

- L'article d'Hitek

- La pétition

- Le site de Kairon Collaborative

- Traduction du texte de Suétone, La vie de Claude. Les passages concernés sont le 12, le 13 et le 14

Pour les informations sur les gladiateurs, j'ai utilisé mes cours, mais il y a beaucoup de ressources en ligne.

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