Le bêta-lecteur, cette créature de l'ombre

Mis à jour : août 4

Cet article a été réalisé en parallèle de la vidéo d'AD Martel sur le même thème. Vous trouverez toutes les informations à la fin de l'article. Bonne lecture !



Je me présente comme étant bêta-lectrice. Si les personnes déambulant dans le milieu du livre définissent sans peine ce terme, laissez-moi faire un point (très personnel) pour les autres.

La bêta-lecture fait partie intégrante du processus d’édition. Elle intervient une fois que l’auteur a terminé son roman et en est satisfait. C’est-à-dire qu’il l’a déjà corrigé une ou plusieurs fois. Avant de soumettre son ouvrage à des maisons d’éditions, concours, appels à textes ou même de s’autoéditer, il va demander l’opinion d’un groupe de personnes. Ces êtres sont les bêta-lecteurs. Mais que font-ils exactement ?

Eh bien, le bêta-lecteur va lire le manuscrit et va donner son avis. Il commente l’histoire en général, mais aussi les personnages, le déroulement de l’intrigue… Son but est de mettre en évidence les incohérences, de pointer ce qui marche et ce qui ne marche pas, de souligner si les divers éléments sont compréhensibles ou non. En bref, le bêta-lecteur va émettre une critique, plus ou moins détaillée selon ce qui a été convenu avec l’écrivain. Il « teste » le roman avant sa publication. Son action est donc principalement sur le fond, mais il peut également corriger les fautes grammaticales, orthographiques, la conjugaison et la syntaxe.

Il s’agit à présent de savoir qui peut être bêta-lecteur. Faut-il avoir des gènes spécifiques ? Un pacte avec une entité démoniaque est-il nécessaire ? Ou est-ce une société secrète dans laquelle les membres sont intégrés un soir de pleine lune ? Ce serait tellement cool ! Mais rien de tout cela n’est utile. En effet, tout le monde peut devenir bêta-lecteur. Aimer lire et aider est quand même un avantage.

Les premiers bêta-lecteurs sont souvent les proches de l’auteur (amis, famille). Toutefois, si leurs intentions sont bonnes, leurs retours ne sont pas toujours satisfaisants (certains le sont, hein ! n’me faites pas dire ce que j’n’ai pas dit !). En effet, quand on connaît bien l’écrivain, on a tendance à vouloir l’encourager, ou on aime tellement cette personne qu’on ne va pas lui faire de peine… En un mot, on n’est pas forcément objectif et ça peut desservir l’auteur.

Alors, vers qui se tourner ? Je dirais : vers d’illustres inconnus. Attention, pas n’importe lesquels. Avec internet et les réseaux sociaux, il est très facile de prendre contact avec des personnes passionnées et efficaces. Il existe des groupes Facebook, des sites spécialisés, des forums littéraires… et tout un tas d’autres possibilités pour qu’un auteur et un bêta-lecteur entrent en contact. En revanche, d’un côté comme d’un autre, la seule façon de connaître la valeur de son interlocuteur est d’essayer. Il est possible d’avoir de très bonnes surprises, comme de très mauvaises ! Une fois les premières rencontres faites et un petit réseau installé, le bouche-à-oreille peut fonctionner. Il y aura à ce stade moins de situations pénibles.

Si la large majorité des bêta-lecteurs sont des bénévoles, il en existe aussi des professionnels. L’avantage pour l’auteur est qu’il est sûr des capacités et de l’objectivité du correcteur. Pour le bêta-lecteur, c’est de pouvoir vivre de sa passion et ça, ce n’est pas rien !

Je me dois d’ajouter que les maisons d’édition font ce travail de bêta-lecture. En revanche, elles ne le font, et c’est normal, que pour les romans qu’elles ont sélectionnés pour l’édition. De fait, demander une bêta-lecture avant de soumettre un texte à une ME peut augmenter les chances que celui-ci soit choisi.


À présent, je vais vous partager les commandements secrets que tous bêta de l’Ordre Sacré doit respecter selon moi.


Toujours expliquer, tu devras. En effet, le but est de rendre une critique constructive afin que l’écrivain améliore son texte. Il faut donc argumenter ses prises de position. Si un paragraphe est confus, il est nécessaire de dire en quoi. On ne se contente pas de dire qu’un personnage est inintéressant, on ajoute que sa psychologie est trop peu développée pour lui donner du crédit. On ne dit pas simplement qu’il y a un problème de temporalité, on précise qu’en un mois, l’été ne se transforme pas en hiver. Des exemples, il y en a des centaines, mais je pense que c’est assez clair. Non ? Le fait d’expliquer est nécessaire pour l’auteur, mais c’est aussi bénéfique pour le bêta-lecteur qui développe son sens critique !

Pour moi, il s’agit du commandement le plus important. A partir du moment où il y a une explication, l’auteur comprend le cheminement de pensée du bêta-lecteur. Il peut évaluer si l’observation découle d’une mauvaise compréhension du texte, d’un manque d’objectivité… Il a toutes les cartes en mains pour choisir quel crédit accorder à la remarque.


De l’objectivité, tu devras t’approcher. C’est pour moi la partie la plus compliquée ! Nous sommes faits pour avoir une opinion, nous analysons tout à travers nos propres filtres. Il est donc difficile, voire impossible, d’être entièrement objectif. C’est pourtant vers ce but qu’il faut tendre. Pour vous parler de mon histoire, j’ai vraiment du mal avec la romance. C’est un genre qui m’ennuie et ne m’intéresse pas. Cependant, j’en lis et je donne un avis dessus. Je ne dirais jamais que je n’aime pas un roman, même si c’est le cas. J’essaye d’être le plus neutre possible et de faire le travail comme il faut. Ne pas apprécier l’histoire, ne m’empêche pas d’en reconnaître les points positifs. Attention ! Si un manuscrit est objectivement mauvais (scénario incohérent, intrigue prévisible, personnages sans « âmes »…), il faut aussi le dire ! Ceci nous amène au troisième commandement.


Honnête, tu seras. L’écrivain qui fait appel à un bêta-lecteur cherche à améliorer et à jauger son texte. Il faut donc être sincère dans ses commentaires. La peur de froisser la personne ne doit pas entrer en compte. Cela ne dispense pas de mettre les formes, hein ! Si le correcteur trouve qu’une chose est mauvaise (avec argumentation objective par A + B, bien sûr !), il doit le dire.


Le négatif ET le positif, tu souligneras. J’ai tendance à oublier cette règle (c’est dommage, puisque c’est moi qui me la suis fixée…). Le bêta-lecteur est là pour aider à l’amélioration du texte, mais aussi de l’écriture de son auteur. Il est donc important de notifier ce qui ne va pas et ce qui est bon, que ce soit dans le fond ou dans le style. Je me suis rendu compte que l’on appuie plus volontiers sur ce qui doit être modifié que sur ce qui peut être conservé. C’est une erreur ! Il ne faut pas hésiter à pointer les aspects positifs, ça fait partie intégrante de la correction.


Le secret, tu devras respecter. Eh bien oui ! Un bêta-lecteur ne doit pas publier le texte qu’il reçoit, communiquer autour de l’ouvrage, ni le plagier. Y a-t-il réellement besoin de plus d’explications ?

J’ai principalement parlé du bêta et des aspects de sa mission. Alors maintenant, voyons comment se place l’écrivain.

L’étape de la bêta-lecture est indispensable pour les auteurs qui souhaitent être publiés. Ceux qui la refusent (j’insiste sur ce terme, car avec les moyens actuels, si l’on ne trouve pas de bêta-lecteur, c’est qu’on n’en veut pas) le font pour de mauvaises raisons, la plupart du temps. J’imagine qu’il y a de la vanité chez certains. Ils sont sûrs d’avoir écrit un chef-d’œuvre et ne souhaitent souffrir cette mise à l’épreuve (je pense qu’il ne s’agit que d’une infime partie des écrivains). Que la chute doit être violente pour ces personnes si elles voient leurs écrits refusés !

D’autres, et là c’est plus compréhensible, ont peur de la critique. C’est une phase douloureuse que de s’entendre dire que quelque chose que l’on a créé n’est pas à la hauteur. Il est également ardu de savoir se remettre en question. Il faut alors se rappeler que le but des bêta-lecteurs n’est pas de détruire, mais au contraire d’aider à bâtir sur des fondations plus solides.

Cette étape permet à l’auteur de s’améliorer, mais aussi d’endurer la critique, bonne ou mauvaise. Un roman va subir des commentaires. D’abord par les ME, si l’on passe par le chemin « classique ». Si la plupart ne répondent simplement jamais, d’autres expliquent pourquoi le manuscrit a été refusé. Ce n’est pas toujours beau à voir. Finalement, si le roman est publié, les commentaires seront ceux des lecteurs et tout le monde sait que certains n’y vont pas avec le dos de la cuillère ! Il vaut mieux avoir appris à encaisser les coups avant.

Toutefois, le bêta-lecteur peut manquer d’objectivité, comme je l’ai dit plus haut. Il revient alors à l’écrivain de faire le tri dans les retours. Il n’est en aucun cas obligé de prendre pour argent comptant tous les commentaires. C’est à lui de choisir dans ce qu’il est important de modifier. Il reste maître de son ouvrage. Toujours.


Et vous, comment se passent vos échanges avec les bêta ? Et avec les auteurs ? Vous avez d’autres commandements à ajouter au Code d’Honneur des Bêta-lecteurs ?


Voici la vidéo de AD Martel sur les bêta-lecteur !



Vous pouvez également retrouver AD Martel sur son site Web, sur Facebook et sur Instagram.

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