Les nouveaux romans sont-ils originaux ?

Parfois, quand je lis un roman, j’ai comme une sensation de déjà-vu. Et effectivement, je retrouve dans presque toutes mes lectures des éléments ressemblants à une lecture précédente. Parfois, cet élément me saute aux yeux, à d’autres moments, je dois activer ma mémoire pour m’en rendre compte. Pour d’autres textes, je ne remarque pas de similitudes, mais un tiers me dit qu’il y en a avec telle ou telle œuvre que je n’ai pas lu.

Il m’est alors venu une question : si les nouveaux romans réutilisent des éléments d’histoires qui les ont précédées, sont-ils vraiment originaux ?

Cette question a plané sur moi durant de nombreux jours. Elle était là, telle une ombre, présente sans pour autant vouloir se montrer. Plutôt, je ne voulais pas la mettre en lumière. Pourquoi ? Et si la réponse était non ? Quel serait l’intérêt que des auteurs écrivent encore si plus rien de ce qu’ils font n’est original ? Et si Harry Potter n’était finalement qu’une pâle copie de L’île du Crâne ? (j’avoue, cette phrase ne sert qu’à faire crier dans les chaumières !). Je n’étais pas prête pour ce coup dur.

Malgré mes réticences, je me suis résignée à en apprendre plus sur le sujet. Et je me suis demandé si cela était du plagiat.


Plagiat : acte de quelqu’un qui, dans le domaine artistique ou littéraire, donne pour sien ce qu’il a pris à l’œuvre d’un autre.

Dictionnaire Larousse

J’ai appris qu’il y avait deux formes juridiques distinctes : le plagiat et la contrefaçon. Pour résumer, le plagiat est la reprise par autrui de l’idée, alors que la contrefaçon est la réutilisation de l’idée, mais également de la forme que ce soit de manière globale ou partielle.

Déception. Si l’idée est la même, il s’agit de plagiat, même si ce n’est que sur un fragment de texte. Me voilà donc partie, prête à brûler mes livres les plus récents coupables de cet odieux crime. Tandis que je préparais le bûcher, l’un d’eux me hurle (je sais que les livres ne parlent pas, ne vous inquiétez pas pour ma santé mentale) :

— Et si mon auteur n’était pas au courant ?

La réflexion me frappe. Je mets un terme à l’incendie et offre un sursis à mes livres. Après une plongée dans les méandres du web, je fais deux constats. Il doit être quasiment impossible pour un auteur accusé de plagiat de prouver qu’il ne connaissait pas l’œuvre précédente et la reconnaissance du plagiat est faite par des juges. Cette dernière partie me laisse perplexe. Les personnes qui déterminent s’il y a effectivement une fraude sont… des personnes ! C’est-à-dire des êtres faillibles, emplis de leurs propres bagages culturels. Puisque la reconnaissance du délit ne repose que sur les épaules d’un certain groupe d’individus, comment pourrait-il être vraiment fiable ? Bon, si le contrevenant a écrit un roman qui reprend toutes les idées d’un autre, là, ça paraît plutôt évident. A contrario, s’il ne s’agit que d’une simple idée, seul l’accusé peut savoir s’il l’a réellement plagiée.




Ces tourments juridiques m’ont mené à une certitude : tous les nouveaux auteurs ne peuvent pas faire du plagiat. Déjà, parce que ça serait triste et aussi, car je pense qu’ils ont leurs propres idées. Mais alors pourquoi retrouve-t-on des similitudes dans certains romans ?

Eh bien, peut-être parce qu’il y a plusieurs milliers (millions ?) de personnes au cours de plusieurs millénaires qui ont raconté, inventé et écris des histoires. Chaque génération d’écrivains est inspirée des précédentes. Certains ont la même culture, le même parcours de vie, les mêmes affinités. Les différents genres littéraires ont leurs codes et leurs clichés. Alors oui, si toutes les histoires n’ont pas été racontées, il semble normal qu’il y ait des thèmes, des idées, des personnages qui se ressemblent. Cela n’est en rien du plagiat, seulement le fruit de l’arbre généalogique touffu des conteurs.

Mais, si l’on s’accorde sur le fait que les ressemblances ne sont pas du plagiat, quid de l’originalité ? Je ne crois pas qu’il y ait une bonne ou une mauvaise réponse.

***Désolée, mon cerveau a crashé. Cette phrase m’a fait penser à la tirade d’Otis dans Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre. J’ai dû aller la regarder pour me la sortir de la tête.***

Je vais vous donner mon avis sur la question. Absolument tous les romans sont originaux ! Pour moi, tant que l’auteur a écrit avec son style, qu’il a pris la peine d’inventer des personnages, une intrigue… même si des éléments, ou même le fond de l’histoire ressemblent à un autre roman, ça reste original. Si la plume d’un écrivain parvient à me faire rêver, à me faire voyager ou me touche d’une quelconque façon, son récit sera original pour moi.

Alors, s’il vous plaît, auteurs de tous poils, ne cessez jamais d’écrire, de créer et d’inventer ! Et si l’on vous dit « ton personnage ressemble à celui-ci » ou « cette scène me rappelle celle-là », n’écoutez pas ! Il y a tellement de choses qui ont été faites, que l’on trouvera toujours une comparaison à faire. Mais l’écriture est un bien culturel précieux qui doit être préservé et développé. Je vous le redemande, s’il vous plaît, continuez de nous émerveiller.

Le bûcher est définitivement annulé. Je retourne ranger mes livres, soulagés, dans ma bibliothèque. Ils ne la quitteront plus de si tôt.


Voici un site qui parle de manière juridique de la différence entre le plagiat et la contrefaçon :

- Avocats Picovschi


Chroniqueurs, chroniqueuses des réseaux sociaux, ce message est pour vous. Si les écrivains sont souvent mis à l'honneur, vous êtes trop oubliés. Je tiens donc à vous adresser un merci particulier.

Merci de prendre le temps de fouiner à la recherche de nouveaux romans. Merci de prendre le temps de les lire. Merci de prendre le temps de rédiger une critique fournie, détaillée, argumentée. Merci de prendre le temps de faire de jolies photos des couvertures qui vont donner envie de vous lire (et le roman aussi) et mettre en avant le travail des graphistes, ces grands oubliés ! Merci d'être aussi passionné et de partager cette passion.


Je le disais, la littérature est un bien culturel précieux. Malheureusement, à part dans une certaine aristocratie, ce bien tend à se perdre. Votre travail, souvent bénévole, permet de démocratiser la littérature (n'en déplaise à certains), de la répandre et de la renforcer. Et pour cela vous utilisez les réseaux sociaux, "l'endroit" où la jeunesse passe beaucoup de son temps.

Merci d'être là, merci de promouvoir la littérature.


Mes amitiés sincères,

Mira

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